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À la fin de ce module, tu seras capable de :
Une organisation fait face à des dizaines de risques. Les traiter tous avec la même énergie serait impossible et inefficace : on épuiserait les ressources sur des broutilles en laissant filer l'essentiel. Cartographier, c'est répondre à une question simple : parmi tous ces risques, lesquels méritent qu'on s'en occupe en priorité ?
La cartographie n'a pas pour but de faire un joli tableau. C'est un outil de décision : elle transforme une liste anxiogène de « choses qui pourraient mal tourner » en un ordre de priorités assumé. Sans hiérarchisation, il n'y a pas de pilotage du risque — juste une collection de peurs.
Avant de coter, il faut recenser. On mobilise plusieurs sources pour ne rien oublier :
Un risque bien formulé relie trois éléments :
Cause → Événement redouté → ConséquenceExemple commenté (fil rouge) — « Fournisseur unique de fruits (cause) → rupture d'approvisionnement (événement) → arrêt de production et pénalités clients (conséquence) ». Formulé ainsi, le risque est actionnable : on voit sur quoi agir (la cause) et ce qu'on cherche à éviter (la conséquence). Un simple mot (« appro ») ne dit rien d'exploitable.
On évalue chaque risque sur les deux axes vus en RSK-01, à l'aide d'échelles explicites (souvent de 1 à 4 ou 1 à 5). L'important est de définir les niveaux pour limiter la subjectivité.
Échelle de fréquence (exemple 1 à 4) :
| Niveau | Fréquence | Repère |
|---|---|---|
| 1 | Rare | Moins d'une fois tous les 5 ans |
| 2 | Peu fréquent | Environ une fois par an |
| 3 | Fréquent | Plusieurs fois par an |
| 4 | Très fréquent | Mensuel ou plus |
Échelle de gravité (exemple 1 à 4) :
| Niveau | Gravité | Repère (impact) |
|---|---|---|
| 1 | Faible | Gêne mineure, absorbable |
| 2 | Modérée | Perte limitée, rattrapable |
| 3 | Élevée | Perte significative, durable |
| 4 | Critique | Menace la survie / sécurité des personnes |
Une échelle n'est utile que si elle est ancrée dans des repères concrets (euros, délais, nombre de clients, gravité humaine). « Grave » sans définition ne veut rien dire et deux évaluateurs coteront différemment.
La matrice de Farmer croise les deux axes — fréquence (horizontale) et gravité (verticale) — et positionne chaque risque. On en tire la criticité :
Criticité = Fréquence × GravitéLa matrice se lit en zones :
| Zone | Criticité (ex.) | Décision type |
|---|---|---|
| Acceptable | faible (1 à 3) | Surveiller, pas d'action lourde |
| À surveiller | moyenne (4 à 8) | Réduire si possible, plan d'action |
| Inacceptable | élevée (9 à 16) | Action prioritaire obligatoire |
Exemple commenté (fil rouge) — Quatre risques des Vergers de Sophie, cotés puis positionnés :
| Risque | Fréquence | Gravité | Criticité | Zone |
|---|---|---|---|---|
| Rupture d'approvisionnement fruits | 3 | 2 | 6 | À surveiller |
| Panne de la ligne d'embouteillage | 2 | 3 | 6 | À surveiller |
| Départ du responsable qualité (homme-clé) | 2 | 3 | 6 | À surveiller |
| Contamination microbiologique d'un lot | 1 | 4 | 4 | À surveiller |
La criticité donne un premier tri. Mais deux nuances de méthode, capitales :
a) Criticité égale ≠ même traitement. Trois risques ci-dessus ont une criticité de 6, mais leur profil diffère : la rupture d'appro est fréquente et peu grave (on agira en prévention, pour réduire la fréquence) ; la panne machine est rare mais grave (on agira plutôt en protection : maintenance, pièces de rechange, pour réduire l'impact). Le couple (F, G) guide le levier, pas seulement le produit.
b) La gravité maximale prime. La contamination a une criticité « seulement » de 4, mais une gravité de 4 (sécurité des personnes, survie de l'entreprise). Une gravité critique rend un risque inacceptable en soi, quelle que soit sa rareté. Beaucoup de matrices définissent d'ailleurs une bande rouge sur la ligne de gravité maximale, indépendamment de la fréquence.
Le score de criticité oriente la priorité, il ne la dicte pas mécaniquement. Le jugement professionnel (RSK-01) reste indispensable : un chiffre ne remplace pas la réflexion, il l'outille.
On cartographie souvent les deux : l'inhérent montre l'enjeu réel, le résiduel montre ce qui reste à traiter. Un risque au résiduel encore élevé appelle des actions supplémentaires (RSK-05) ; un résiduel faible peut être accepté consciemment.
Cartographier uniquement le résiduel donne une fausse sérénité (« tout va bien, on gère ») et masque la fragilité si un contrôle venait à sauter. Voir l'inhérent, c'est mesurer sa dépendance aux dispositifs existants.
La cartographie des risques se formalise dans un registre (liste cotée) et une matrice (vue visuelle). Mais un risque évolue : nouveau fournisseur, nouvelle réglementation, nouveau marché. Une cartographie figée devient fausse. On la révise périodiquement et à chaque changement significatif — c'est la logique de surveillance d'ISO 31000, reprise dans le suivi (RSK-05).
L'essentiel du module
Vérifier que tu formules, cotes, positionnes sur la matrice de Farmer et hiérarchises des risques, en choisissant le bon levier de traitement.
L'Hôtel du Lac, hôtel-restaurant indépendant (35 chambres). Très saisonnier, dépendant des avis en ligne et des plateformes de réservation.
Échelles à utiliser (1 à 4) : Fréquence — 1 rare, 2 peu fréquent, 3 fréquent, 4 très fréquent. Gravité — 1 faible, 2 modérée, 3 élevée, 4 critique.
Reformule les deux énoncés flous ci-dessous selon le schéma cause → événement redouté → conséquence.
Pour chacun des cinq risques, propose une cotation (fréquence, gravité) avec justification, calcule la criticité et indique la zone (Acceptable / À surveiller / Inacceptable).
(La cotation comporte une part de jugement : ce qui compte, c'est la cohérence de ta justification.)
Corrigé détaillé : correction.md (essaie d'abord par toi-même).
IFAG-RSK-03 ajoute un 3ᵉ axe à l'analyse — la détection — avec les techniques APR, AMDEC et REX.
Vérifier la formulation, la cotation, le positionnement sur la matrice de Farmer et le choix du levier.
Dans les deux cas, la formulation rend le risque actionnable : on sait sur quoi agir (la cause) et ce qu'on veut éviter (la conséquence).
Cotation défendable (d'autres sont possibles si justifiées) :
| Risque | Fréquence | Gravité | Criticité | Zone |
|---|---|---|---|---|
| c. Incendie (détecteurs) | 1 (rare) | 4 (sécurité des personnes) | 4 | À surveiller au score → Inacceptable en réalité |
| d. Avis négatifs (haute saison) | 3 (fréquent) | 2 (rattrapable) | 6 | À surveiller |
| e. Dépendance plateforme | 2 (peu fréquent) | 3 (marge, volume) | 6 | À surveiller |
| f. Rupture produit un soir | 3 (fréquent) | 1 (gêne mineure) | 3 | Acceptable |
| g. Cyberattaque (données) | 2 (peu fréquent) | 4 (données + arrêt) | 8 | Inacceptable |
Justifications clés : l'incendie est rare mais critique ; la rupture produit est fréquente mais bénigne ; la cyberattaque cumule impact données + arrêt d'activité.
1. Même criticité, profils différents — d et e (criticité 6) :
Même score, décisions opposées : c'est bien le couple (F, G) — pas le seul produit — qui oriente le levier.
2. Le cas « gravité maximale » — c (incendie), criticité 4 :
Oui, prioritaire malgré le score. Une gravité de 4 touche la sécurité des personnes et relève d'une obligation légale (conformité) : elle est inacceptable quelle que soit sa rareté. Le produit F × G ne doit jamais faire baisser la garde sur un risque à gravité critique.
3. Inhérent vs résiduel — g (cyberattaque) :
Points clés à retenir
Sécuriser la démarche de cartographie : formuler, coter, positionner (Farmer), hiérarchiser.
Formuler un risque
Cause → Événement redouté → ConséquenceCoter : échelles ancrées (ex. 1 à 4) pour la fréquence et la gravité.
Matrice de Farmer : fréquence (horizontale) × gravité (verticale) → criticité.
| Zone | Décision |
|---|---|
| Acceptable | Surveiller |
| À surveiller | Réduire / plan d'action |
| Inacceptable | Action prioritaire |
Choix du levier selon le profil :
Inhérent vs résiduel : brut (avant maîtrise) / net (après dispositifs).
| Piège | Réflexe correct |
|---|---|
| Échelle non ancrée | Repères chiffrés (€, délais, gravité) |
| Se fier au seul F × G | Gravité max = à part ; lire (F, G) |
| Confondre inhérent / résiduel | Cartographier les deux |
| Oublier la détectabilité | → AMDEC (RSK-03) |
| Cartographie figée | Réviser régulièrement |
Rupture appro (F3×G2=6) et panne machine (F2×G3=6) : même criticité, leviers opposés (prévention vs protection). Contamination (F1×G4=4) : criticité basse mais gravité critique → prioritaire.
Idée clé à garder
La matrice de Farmer n'est pas un dessin : c'est l'outil qui relie le niveau d'un risque au levier pour le réduire — à condition de lire le couple (fréquence, gravité), pas seulement leur produit.
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