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IFAG-RSK-02 — Cartographier et hiérarchiser les risques

Difficulté :
3
· Durée estimée :
3 h

Les attendus

À la fin de ce module, tu seras capable de :

  • Identifier et formuler un risque (cause → événement → conséquence).
  • Coter un risque sur les deux axes : fréquence et gravité.
  • Construire une matrice de Farmer et calculer une criticité.
  • Hiérarchiser les risques et fixer un seuil d'acceptabilité.
  • Distinguer risque inhérent et risque résiduel.

Cours

1. Introduction — On ne traite pas tout, on priorise

Une organisation fait face à des dizaines de risques. Les traiter tous avec la même énergie serait impossible et inefficace : on épuiserait les ressources sur des broutilles en laissant filer l'essentiel. Cartographier, c'est répondre à une question simple : parmi tous ces risques, lesquels méritent qu'on s'en occupe en priorité ?

La cartographie n'a pas pour but de faire un joli tableau. C'est un outil de décision : elle transforme une liste anxiogène de « choses qui pourraient mal tourner » en un ordre de priorités assumé. Sans hiérarchisation, il n'y a pas de pilotage du risque — juste une collection de peurs.

2. Identifier et formuler les risques

Avant de coter, il faut recenser. On mobilise plusieurs sources pour ne rien oublier :

  • l'historique (incidents passés, réclamations), le retour d'expérience (REX) ;
  • des ateliers avec les opérationnels, des entretiens, des questionnaires ;
  • les référentiels (ISO 31000, listes-types par métier) pour balayer chaque famille (RSK-01).

Un risque bien formulé relie trois éléments :

Cause → Événement redouté → Conséquence

Exemple commenté (fil rouge) — « Fournisseur unique de fruits (cause) → rupture d'approvisionnement (événement) → arrêt de production et pénalités clients (conséquence) ». Formulé ainsi, le risque est actionnable : on voit sur quoi agir (la cause) et ce qu'on cherche à éviter (la conséquence). Un simple mot (« appro ») ne dit rien d'exploitable.

3. Coter : fréquence et gravité

On évalue chaque risque sur les deux axes vus en RSK-01, à l'aide d'échelles explicites (souvent de 1 à 4 ou 1 à 5). L'important est de définir les niveaux pour limiter la subjectivité.

Échelle de fréquence (exemple 1 à 4) :

NiveauFréquenceRepère
1RareMoins d'une fois tous les 5 ans
2Peu fréquentEnviron une fois par an
3FréquentPlusieurs fois par an
4Très fréquentMensuel ou plus

Échelle de gravité (exemple 1 à 4) :

NiveauGravitéRepère (impact)
1FaibleGêne mineure, absorbable
2ModéréePerte limitée, rattrapable
3ÉlevéePerte significative, durable
4CritiqueMenace la survie / sécurité des personnes

Une échelle n'est utile que si elle est ancrée dans des repères concrets (euros, délais, nombre de clients, gravité humaine). « Grave » sans définition ne veut rien dire et deux évaluateurs coteront différemment.

4. La matrice de Farmer

La matrice de Farmer croise les deux axes — fréquence (horizontale) et gravité (verticale) — et positionne chaque risque. On en tire la criticité :

Criticité = Fréquence × Gravité

La matrice se lit en zones :

ZoneCriticité (ex.)Décision type
Acceptablefaible (1 à 3)Surveiller, pas d'action lourde
À surveillermoyenne (4 à 8)Réduire si possible, plan d'action
Inacceptableélevée (9 à 16)Action prioritaire obligatoire

Exemple commenté (fil rouge) — Quatre risques des Vergers de Sophie, cotés puis positionnés :

RisqueFréquenceGravitéCriticitéZone
Rupture d'approvisionnement fruits326À surveiller
Panne de la ligne d'embouteillage236À surveiller
Départ du responsable qualité (homme-clé)236À surveiller
Contamination microbiologique d'un lot144À surveiller

5. Hiérarchiser… sans se laisser piéger par le seul score

La criticité donne un premier tri. Mais deux nuances de méthode, capitales :

a) Criticité égale ≠ même traitement. Trois risques ci-dessus ont une criticité de 6, mais leur profil diffère : la rupture d'appro est fréquente et peu grave (on agira en prévention, pour réduire la fréquence) ; la panne machine est rare mais grave (on agira plutôt en protection : maintenance, pièces de rechange, pour réduire l'impact). Le couple (F, G) guide le levier, pas seulement le produit.

b) La gravité maximale prime. La contamination a une criticité « seulement » de 4, mais une gravité de 4 (sécurité des personnes, survie de l'entreprise). Une gravité critique rend un risque inacceptable en soi, quelle que soit sa rareté. Beaucoup de matrices définissent d'ailleurs une bande rouge sur la ligne de gravité maximale, indépendamment de la fréquence.

Le score de criticité oriente la priorité, il ne la dicte pas mécaniquement. Le jugement professionnel (RSK-01) reste indispensable : un chiffre ne remplace pas la réflexion, il l'outille.

6. Risque inhérent et risque résiduel

  • Risque inhérent (brut) : le niveau du risque avant toute mesure de maîtrise.
  • Risque résiduel (net) : le niveau après les dispositifs déjà en place (ou prévus).

On cartographie souvent les deux : l'inhérent montre l'enjeu réel, le résiduel montre ce qui reste à traiter. Un risque au résiduel encore élevé appelle des actions supplémentaires (RSK-05) ; un résiduel faible peut être accepté consciemment.

Cartographier uniquement le résiduel donne une fausse sérénité (« tout va bien, on gère ») et masque la fragilité si un contrôle venait à sauter. Voir l'inhérent, c'est mesurer sa dépendance aux dispositifs existants.

7. La cartographie comme document vivant

La cartographie des risques se formalise dans un registre (liste cotée) et une matrice (vue visuelle). Mais un risque évolue : nouveau fournisseur, nouvelle réglementation, nouveau marché. Une cartographie figée devient fausse. On la révise périodiquement et à chaque changement significatif — c'est la logique de surveillance d'ISO 31000, reprise dans le suivi (RSK-05).

8. Les pièges à éviter

9. Ce qu'il faut retenir

L'essentiel du module

  • Cartographier sert à prioriser : transformer une liste de risques en ordre d'action.
  • On formule (cause → événement → conséquence), on cote (fréquence, gravité sur échelles ancrées), on positionne sur la matrice de Farmer.
  • Criticité = Fréquence × Gravité, mais le couple (F, G) et la gravité maximale priment sur le seul score.
  • Distinguer risque inhérent (brut) et résiduel (net) pour voir sa dépendance aux dispositifs.
  • La cartographie est un document vivant, à réviser.

Approfondir

  • IFAG-RSK-03 — Les techniques d'analyse des risques (APR, AMDEC, REX) : le 3ᵉ axe, la détection.
  • IFAG-RSK-05 — Traiter et suivre les risques : prévention (↓ fréquence) / protection (↓ gravité).
  • IFAG-RSK-01 — Comprendre le risque et l'audit : familles et composantes du risque.

Objectif de l'exercice

Vérifier que tu formules, cotes, positionnes sur la matrice de Farmer et hiérarchises des risques, en choisissant le bon levier de traitement.

Contexte

L'Hôtel du Lac, hôtel-restaurant indépendant (35 chambres). Très saisonnier, dépendant des avis en ligne et des plateformes de réservation.

Échelles à utiliser (1 à 4) : Fréquence — 1 rare, 2 peu fréquent, 3 fréquent, 4 très fréquent. Gravité — 1 faible, 2 modérée, 3 élevée, 4 critique.

Partie 1 — Formuler les risques

Reformule les deux énoncés flous ci-dessous selon le schéma cause → événement redouté → conséquence.

  • a. « Problème d'avis clients. »
  • b. « Le truc des plateformes de réservation. »

Partie 2 — Coter et positionner

Pour chacun des cinq risques, propose une cotation (fréquence, gravité) avec justification, calcule la criticité et indique la zone (Acceptable / À surveiller / Inacceptable).

  • c. Détecteurs incendie mal entretenus → départ de feu non détecté à temps.
  • d. Service dégradé en haute saison → multiplication d'avis négatifs en ligne.
  • e. Forte dépendance à une plateforme de réservation → hausse de commission ou déréférencement.
  • f. Rupture d'un produit alimentaire un soir de forte affluence.
  • g. Cyberattaque sur le système de réservation → vol de données clients, arrêt des réservations.

(La cotation comporte une part de jugement : ce qui compte, c'est la cohérence de ta justification.)

Partie 3 — Hiérarchiser et choisir le levier

  1. Parmi tes risques, en existe-t-il deux avec la même criticité mais un profil (F, G) différent ? Pour chacun, dis si tu agirais plutôt en prévention (↓ fréquence) ou en protection (↓ gravité), et pourquoi.
  2. Un risque a une criticité modérée mais une gravité maximale. Doit-il être traité en priorité malgré son score ? Justifie.
  3. Pour le risque de cyberattaque (g.) : l'hôtel dispose déjà d'un pare-feu et d'une sauvegarde quotidienne. Explique la différence entre le risque inhérent et le risque résiduel ici.

Auto-évaluation rapide

  • Mes formulations relient-elles cause, événement et conséquence ?
  • Mes cotations sont-elles justifiées (pas au hasard) ?
  • Ai-je repéré le cas « gravité maximale » ?
  • Sais-je expliquer inhérent vs résiduel ?

Corrigé détaillé : correction.md (essaie d'abord par toi-même).

Prochaine étape naturelle

IFAG-RSK-03 ajoute un 3ᵉ axe à l'analyse — la détection — avec les techniques APR, AMDEC et REX.

Objectif de la correction

Vérifier la formulation, la cotation, le positionnement sur la matrice de Farmer et le choix du levier.

Partie 1 — Formuler les risques

  • a. « Service dégradé en haute saison (cause) → multiplication d'avis négatifs en ligne (événement) → baisse de réputation et des réservations futures (conséquence). »
  • b. « Dépendance à une plateforme de réservation unique (cause) → hausse de commission ou déréférencement (événement) → chute du volume de réservations et de la marge (conséquence). »

Dans les deux cas, la formulation rend le risque actionnable : on sait sur quoi agir (la cause) et ce qu'on veut éviter (la conséquence).

Partie 2 — Coter et positionner

Cotation défendable (d'autres sont possibles si justifiées) :

RisqueFréquenceGravitéCriticitéZone
c. Incendie (détecteurs)1 (rare)4 (sécurité des personnes)4À surveiller au score → Inacceptable en réalité
d. Avis négatifs (haute saison)3 (fréquent)2 (rattrapable)6À surveiller
e. Dépendance plateforme2 (peu fréquent)3 (marge, volume)6À surveiller
f. Rupture produit un soir3 (fréquent)1 (gêne mineure)3Acceptable
g. Cyberattaque (données)2 (peu fréquent)4 (données + arrêt)8Inacceptable

Justifications clés : l'incendie est rare mais critique ; la rupture produit est fréquente mais bénigne ; la cyberattaque cumule impact données + arrêt d'activité.

Partie 3 — Hiérarchiser et choisir le levier

1. Même criticité, profils différents — d et e (criticité 6) :

  • d (F=3, G=2) : risque fréquent et peu grave → prévention (réduire la fréquence) : renfort saisonnier, formation du personnel, meilleure planification. On déplace le risque vers la gauche de la matrice.
  • e (F=2, G=3) : risque moins fréquent mais plus grave → protection / évitement (réduire la gravité ou la dépendance) : diversifier les canaux, développer la réservation directe, fidéliser. On réduit l'impact.

Même score, décisions opposées : c'est bien le couple (F, G) — pas le seul produit — qui oriente le levier.

2. Le cas « gravité maximale » — c (incendie), criticité 4 :

Oui, prioritaire malgré le score. Une gravité de 4 touche la sécurité des personnes et relève d'une obligation légale (conformité) : elle est inacceptable quelle que soit sa rareté. Le produit F × G ne doit jamais faire baisser la garde sur un risque à gravité critique.

3. Inhérent vs résiduel — g (cyberattaque) :

  • Risque inhérent = niveau sans aucune protection : forte gravité, exposition maximale (par ex. F=2 × G=4 = 8, voire davantage sans aucune barrière).
  • Risque résiduel = niveau après le pare-feu et la sauvegarde : le pare-feu réduit la fréquence (moins d'intrusions réussies), la sauvegarde réduit la gravité (données restaurées, arrêt plus court). Le résiduel est donc nettement plus bas (par ex. F=1 × G=3 = 3).
  • Ce que cela montre : le risque n'est « faible » que parce que ces dispositifs existent. Si l'un saute, on revient à l'inhérent. Cartographier les deux mesure cette dépendance et décide s'il faut encore réduire (RSK-05) ou accepter le résiduel.

Points clés à retenir

Points clés à retenir

  • Un risque bien formulé (cause → événement → conséquence) est actionnable.
  • On cote sur des échelles ancrées ; la criticité (F × G) donne un premier tri.
  • Le couple (F, G) oriente le levier : fréquent/peu grave → prévention ; rare/grave → protection.
  • Une gravité maximale rend un risque inacceptable malgré une criticité modérée.
  • Inhérent vs résiduel : le résiduel mesure ce qui reste après les dispositifs — et la dépendance à ces dispositifs.

Erreurs fréquentes

Objectif de la fiche

Sécuriser la démarche de cartographie : formuler, coter, positionner (Farmer), hiérarchiser.

L'essentiel en 3 idées

  1. Cartographier = prioriser : d'une liste de risques à un ordre d'action.
  2. Criticité = Fréquence × Gravité, positionnée sur la matrice de Farmer.
  3. Le couple (F, G) et la gravité maximale priment sur le seul score.

Repères fondamentaux

Formuler un risque

Cause → Événement redouté → Conséquence

Coter : échelles ancrées (ex. 1 à 4) pour la fréquence et la gravité.

Matrice de Farmer : fréquence (horizontale) × gravité (verticale) → criticité.

ZoneDécision
AcceptableSurveiller
À surveillerRéduire / plan d'action
InacceptableAction prioritaire

Choix du levier selon le profil :

  • Fréquent + peu grave → prévention (↓ fréquence, déplace à gauche).
  • Rare + grave → protection (↓ gravité, déplace vers le bas).
  • Gravité maximale = inacceptable quel que soit le score.

Inhérent vs résiduel : brut (avant maîtrise) / net (après dispositifs).

Checklist — Ce qu'il faut vérifier

  • Mes risques sont-ils formulés (cause → événement → conséquence) ?
  • Mes échelles sont-elles ancrées dans des repères concrets ?
  • Ai-je regardé le couple (F, G), pas juste le produit ?
  • Ai-je traité à part la gravité maximale ?
  • Ai-je distingué inhérent et résiduel ?

Pièges à éviter

PiègeRéflexe correct
Échelle non ancréeRepères chiffrés (€, délais, gravité)
Se fier au seul F × GGravité max = à part ; lire (F, G)
Confondre inhérent / résiduelCartographier les deux
Oublier la détectabilité→ AMDEC (RSK-03)
Cartographie figéeRéviser régulièrement

Exemple flash

Rupture appro (F3×G2=6) et panne machine (F2×G3=6) : même criticité, leviers opposés (prévention vs protection). Contamination (F1×G4=4) : criticité basse mais gravité critique → prioritaire.

Tu maîtrises ce module si…

  • Tu formules et cotes un risque.
  • Tu construis et lis une matrice de Farmer.
  • Tu choisis le levier selon le profil (F, G).
  • Tu distingues inhérent et résiduel.

Approfondir

  • IFAG-RSK-03 — APR, AMDEC, REX : la détection, 3ᵉ axe.
  • IFAG-RSK-05 — Traiter et suivre les risques : prévention / protection.

Idée clé à garder

La matrice de Farmer n'est pas un dessin : c'est l'outil qui relie le niveau d'un risque au levier pour le réduire — à condition de lire le couple (fréquence, gravité), pas seulement leur produit.

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